Contribution de Kaddour CHOUICHA au Soir d’Algérie
By admin On 4 jan, 2018 At 04:17 | Categorized As Actualités, Editorial, Infos_show, Reflexion | With 0 Comments

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Que vous a fait l’université algérienne ?

Par Kaddour Chouicha(*)


La décision prise par le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, M. Hadjar, en fait par tout le gouvernement algérien, concernant l’abandon «rampant» de la condition d’une publication dans une revue «acceptable» pour la soutenance du doctorat vient pour signifier que la gestion de l’université n’a pas changé. Le ministère affirme que la réorganisation en cours ne remet pas en cause cette condition mais au vu de ce qui se passe sur le terrain (la soutenance avec des publications qui paraissent dans des revues payantes) et des éléments qui sont venus s’ajouter déjà (le fait de dévaloriser cette condition par sa transformation en une récolte de points glanés un peu partout) ne peuvent tromper ceux et celles qui savent comment les réformes les plus préjudiciables ont été appliquées avec un tout petit bout à chaque fois jusqu’à l’aboutissement final. Chaque ministre du secteur vient apporter un coup supplémentaire pour détruire l’université nationale. La condition de publier dans une revue était déjà malmenée dans la réalité en fonction des protagonistes en jeu et des réseaux et clientèles qui siègent dans les différents conseils scientifiques et qui excellent dans le traitement à géométrie variable. L’administration ministérielle n’en est pas à son premier acte de dévaluation de l’enseignement universitaire puisque parmi ses tableaux de chasse on peut citer : – le fait d’avoir classé un titulaire de master mieux que l’ingénieur alors que le volume horaire de ce dernier était supérieur à celui du titulaire du master (cette remarque ne doit pas être prise par les titulaires de master comme une dévalorisation car c’est juste un fait qu’il faut rappeler). L’ancien ministre M. Harroubia nous a laissé ce cadeau empoisonné pour l’éternité ; – le fait d’avoir refusé un statut social minimal pour les prétendants au doctorat ce qui les obligeait à travailler tout en voulant préparer leur mémoire de doctorat. Le résultat était clair, seuls les enfants issus de familles qui pouvaient se permettre de les prendre en charge pendant encore au moins trois années pouvaient continuer. D’ailleurs l’expérience nous permet de mettre en relief le taux de déperdition vu cette contrainte sociale ; – le fait de n’avoir pas pris des mesures rigoureuses pour empêcher ou tout au moins freiner le recours à des revues bidon pour gonfler artificiellement le nombre d’enseignants de rang magistral et se gargariser d’un bilan en réalité peu sérieux. Voilà, maintenant que le gouvernement algérien veut régler ce dernier problème non pas en revenant à la gestion rigoureuse mais en jetant le bébé avec l’eau du bain, c’est-à-dire en minimisant cette condition qui reste, lorsqu’elle est sérieusement appliquée, la seule manière de savoir ou se situe l’université algérienne, non pas que ce soit la solution idéale mais c’est celle qui nous permet actuellement d’éviter les gros dégâts. Il faut même préciser que celui ou celle qui persistera dans cette voie sera soumis à des pressions intolérables puisque nous baignerons dans un système qui érigera la médiocrité (si ce n’est déjà fait) en modèle. Si nous nous plaignons du mauvais classement de l’université algérienne au niveau international il est fort à craindre qu’il arrivera le moment ou l’on nous refusera même la dénomination d’université. A regarder de près, cette décision ne pouvait que nous tomber dessus car malgré les discours ministériels et autres sur la rigueur, l’éthique et la déontologie, la réalité est tout autre. Alors que la règlementation a mis entre les mains des responsables administratifs, les chefs d’établissement, le pouvoir de soumettre les cas de nonrespect de l’éthique et de la déontologie (plagiat, trafic, falsification des résultats) aux différents comités d’éthique et de déontologie des établissements universitaires, il est arrivé à ces derniers ce qui est arrivé à la Cour des comptes ; elle est là, mais on ne sait pas ce qu’elle fait ou bien on l’utilise juste pour régler des comptes. Ceux et celles qui pensent que l’on peut trouver des solutions sans faire appel aux jugements des pairs au niveau international, car c’est bien de cela qu’il s’agit, ne se rendent pas compte du délabrement qui a perverti l’université algérienne. L’expérience que je vis actuellement après avoir fait un rapport sur un plagiat et un trafic lors de la soutenance d’un mémoire de doctorat au sein du département de génie-civil de l’Université des sciences et de la technologie d’Oran (Usto) Mohamed-Boudiaf en est la preuve. Le rapport a été envoyé à toutes les instances (comité scientifique de département, chef de département, vice-doyen de la faculté, doyen de la faculté, vice-recteur de la post-graduation, rectrice de l’Usto, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique) et n’a pas fait bougé quiconque alors que le rapport est accompagné d’annexes qui prouvent le trafic (sinon ce ne serait que diffamation ou affabulation). Pourtant, les arguments sont là : 1- Je suis responsable du laboratoire pédagogique de matériaux au sein duquel notre doctorante dit avoir réalisé des essais (photos de l’appareillage du laboratoire cité dans les mémoires) alors que j’ai témoigné qu’elle n’y a jamais mis les pieds. 2- Il existe deux mémoires pour le même doctorat, le premier de 104 pages soutenu à l’Usto Mohamed-Boudiaf et un second de 134 pages supposé avoir été soutenu le même jour et avec le même jury au sein de l’université de Cergy-Pontoise (France). J’ai envoyé un écrit d’un enseignant français au sein de l’Institut national des sciences appliquées de Rennes, auteur avec trois autres enseignants d’un travail dont une partie a été vulgairement pompée par notre doctorante, car dans son écrit (qui était une réponse à mon alerte) l’enseignant en question a souligné que «c’est au-delà du plagiat car les matériaux étudiés ne sont pas du tout les mêmes. Les résultats semblent donc falsifiés. Il est aussi étonnant que pour une thèse en cotutelle, ce ne soit pas le même document qui soit présenté dans les deux structures». N’ayant vu aucune réaction de la part de ceux et celles censés s’inquiéter du trafic au sein de l’université algérienne j’ai envoyé un écrit au président de l’Université de Cergy- Pontoise ainsi qu’au chef de département de génie-civil de cette université car je considère qu’ils sont aussi responsables dans cette dérive. Peut-être y trouverais-je plus de respect de l’éthique et de la déontologie que chez nous.
K. C.
* Enseignant universitaire
Usto Mohamed-Boudiaf

 

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